• Référence : MLH.27
  • Titre : «Infections particulièrement dangereuses en Sibérie et en Extrême-Orient ; conservation du bacille pesteux dans le sol prélevé dans les terriers de rongeurs »
  • Date : 1966
  • Photo. / auteur : L.A. Timofeeva, V.I. Golovatcheva, L.A. Smirnova
  • Légende : publication dans « Comptes rendus de l’Institut antipesteux d’Irkoutsk », N°7, pp.46-48, Irkoutsk
  • Traduction : L’hypothèse de l’éventualité de la conservation du bacille de la peste (Y. pestis) dans le sol est exprimée dès 1894 par A. Yersin et soutenue par la suite par une série de chercheurs (Gladin, 1898 ; Khankin, 1898 ; Rozenau, 1901 ; Marsh, 1901 ; Dudtchenko, 1915 et autres). Mais après les travaux de ces auteurs, depuis plus de 40 ans, on n’attache plus d’importance à cette hypothèse. Henri H. Mollaret en 1963, se basant sur des données expérimentales, avance l’idée que la conservation de la peste dans la terre peut servir d’explication à la persévérance des foyers invétérés (ou endémiques). Karimi confirme cette hypothèse après avoir isolé le bacille pesteux dans la nature à partir du sol des terriers de rongeurs, un grand laps de temps s’étant écoulé après l’épizootie. En se basant sur l’hypothèse avancée et confirmée par Mollaret et Karimi, sur l’éventualité de la conservation du bacille de la peste dans le sol, M. Baltazard et ses collègues supposent que la circulation du bacille pesteux dans les foyers invétérés se fait en deux phases : la phase parasitaire instable et de courte durée chez les rongeurs et leurs puces ; la phase libre et stable dans la terre des terriers, qui peut durer longtemps. Les travaux de E.I. Klets et Z.I. Chtchekunova font part de la conservation permanente du bacille pesteux dans un sol stérile et ceux de Devin dans le sable, avec adjonction de sang lyophilisé. En rapport avec ce qui a été dit plus haut, le problème du rôle du sol dans la conservation du bacille pesteux dans les terriers de rongeurs présente un intérêt indubitable. La confirmation de l’hypothèse concernant la permanence de la conservation du bacille Y. pestis dans le sol permet d’expliquer la durée des périodes inter-épizootiques dans les foyers de peste, en particulier en Transbaïkalie et rend possible les mesures prophylactiques pour l’assainissement des foyers naturels. Pour réaliser ces expériences, des échantillons de terre ont été prélevés dans les terriers de rongeurs au Sud-Est de la Transbaïkalie (tarbagans, susliks, Ochotona daurica, Microtus brandti) et expédiés à l’Institut antipesteux d’Irkoutsk. Les sols sont argileux, faiblement caillouteux, à pH 7.4-7.6. Les expériences sont réalisées avec la souche pesteuse virulente 1506, isolée dans le foyer de Tubinsk en 1964 à partir de l’espèce Citellus undulatus. Avant de démarrer l’expérience, la culture est soigneusement étudiée. Par ses propriétés biochimiques et son comportement en culture, cette souche est hautement virulente (DL50 chez la souris blanche 21 corps microbiens ; chez le cobaye 100 corps microbiens). La conservation du bacille pesteux est étudiée soit en sol stérile, soit en sol non stérile. On remplit des bocaux d’un litre d’environ 500 g. de solution. Pour la contamination du sol, on utilise une culture de 48 h. sur gélose de Khottinger à 28°C. La culture est diluée dans une solution physiologique. La dose contaminante est : 109 corps microbiens par gramme de sol. Dans les bocaux, on mélange la terre à la suspension de culture avec une petite pelle en bois et on ferme avec un couvercle en verre stérile afin d’éviter le séchage des sols. Les bocaux contenant les sols contaminés sont placés dans des boîtes métalliques et conservés dans une cave en béton où l’on mesure périodiquement la température, l’humidité de l’air ainsi que celle du sol (non contaminé). Chaque mois, on examine le sol par des méthodes bactériologiques et biologiques. Pour l’examen bactériologique, on prélève un échantillon de sol de 5-10 g. par boîte et on l’inonde d’une solution physiologique à raison de 1 : 5. Puis on agite la boîte pendant 10 mn et on laisse la suspension se reposer pendant 2-5 mn. Le liquide clair surnageant est aspiré dans une éprouvette en verre et dilué au1/10. On met environ 0,1 ml d’ensemencement provenant de ces dilutions sur gélose de Khottinger avec du violet de gentiane (deux boîtes en moyenne de chaque milieu par dilution). Les ensemencements sont mis à incuber à 28°C pendant 3 jours Les examens biologiques sont effectués sur des souris blanches et sur des cobayes. Aux souris, on inocule par voie sous-cutanée la suspension du sol à raison de 0,5 ml additionnée de la même quantité d’émulsion de jaune d’oeuf séchée. Aux cobayes, on inocule environ 1 ml de la suspension avec la même émulsion de jaune d’oeuf. Pour chaque essai, on utilise entre 3 et 5 animaux. Trois et cinq jours après la contamination, on tue l’animal en le chloroformant, on l’autopsie et on effectue un examen bactériologique. La dissémination est observée à partir du point d’inoculation, des ganglions lymphatiques locaux et péri-aortiques, du foie et de la rate. Les suspensions isolées de ces organes et des ganglions lymphatiques, sont cultivées sur miliieu nutritif et testées chez la souris blanche. Les autres animaux demeurent jusqu’à leur mort. On chloroforme les animaux restés en vie et on les examine 20 jours après la contamination. Les premières expériences nous ont permis d’isoler les bacilles pesteux des sols stérile ou non stérile des terriers de rongeurs de Transbaïkalie pendant 100-120 jours. Au cours des examens bactériologiques et biologiques effectués dans les 24 heures, nous n’avons obtenu aucun résultats positifs. En conséquence, en 1966, une seconde série d’expériences est réalisée, afin d’élucider les modalités de conservation du bacille de la peste dans le sol des terriers de rongeur. Dans ces expériences, les auteurs ont particulièrement prêté attention à l’humidité des sols. L’humidité du sol contaminé est maintenue entre 6,2 et 8% par addition d’une solution physiologique. Parallèlement on a prélevé de la terre noire de jardin à pH 7,4. Comme résultat de ces expériences successives, il s’avère que le bacille de la peste se trouve dans les sols stériles et non stériles des terriers de rongeurs et dans le sol de jardin pendant 215 jours ; température de la pièce 0-7°C ; température du sol 0-5°C ; humidité relative de l’air 80-100%. Par ensemencement du sol stérile sur disque d’agar, on isole le bacille pesteux pendant 7 mois, à toutes les dilutions. Du sol non stérile pendant 4 mois ; 5 à 7 mois plus tard, on isole le bacille Y. pestis chez les animaux de laboratoire. Le bacille pesteux du sol cultivé dans des conditions quasi-naturelles conserve ses propriétés biologiques et biochimiques ainsi que sa virulence pendant 215 jours (délai d’observation). Ainsi les résultats de nos expériences montrent que le bacille de la peste se conserve longtemps dans les sols prélevés dans les terriers de rongeurs, dans des conditions proches de celles de ces terriers.
  • Mots-clé : bacille de la peste ; sol ; terriers ; rongeurs ; foyers persistants ; foyers invétérés ; Transbaïkalie
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  • Crédit : © Institut Pasteur