• Référence : MLH.27
  • Titre : « Survie du microbe pesteux en solution isotonique de chlorure de sodium » 
  • Date : 1961
  • Photo. / auteur : G.G. Sonin
  • Légende : publication dans  « Compte-rendus de l’Institut antipesteux d’Irkoutsk », N°2, pp.36-38, Tchita (URSS)
  • Traduction : D’après les données de l’OMS (1959), dans les suspensions en solution physiologique des produits de ponction d’organes d’animaux morts de la peste, la virulence de l’agent se conserve à 16-26 °C jusqu’à 6 jours et à 37 °C pas plus de 3 jours. Dans les expériences de Tumansky (1958), le microbe pesteux conserve sa viabilité en solution physiologique plus de 2 ans. Pour une évaluation épidémiologique correcte de la survie de l’agent de la peste, une grande attention est accordée non seulement à la durée de la survie, mais aussi à la conservation des propriétés fondamentales (en primeriez de la virulence) du microbe. C’est dans le but d’élucider cette question que l’auteur a entrepris ce présent travail. Les expériences ont été réalisées avec la souche hautement virulente 1435 du microbe pesteux. De novembre 1958 à juillet 1959, 11 séries d’expériences ont été effectuées. On préparait en solution physiologique des suspensions microbiennes de concentration un milliard par ml à partir de cultures de 48h sur gélose, sans lavage préalable des microbes. Les suspensions préparées étaient ensuite conservées en tubes et en flacons, dans diverses conditions de température : 35-37 °C ; 28-30 °C ; 17-22 °C ; 3-5 °C. Après divers temps de conservation, on ensemence 0,1 ml des suspensions sur des plaques de gélose, placées ensuite à l’étuve à 28-30 °C. L’étude des ensemencements dans le but de déterminer le niveau de létalité des microbes dans les suspensions sont faites par comptage des colonies ayant poussé à partir de 0,1 ml du liquide éprouvé. Dans les cultures isolées des suspensions après de long délais, les propriétés morphologiques, biochimiques, de virulence et de mise en culture sont étudiées. Dans de rares cas, on a étudié l’agglutination et la sensibilité aux phages. On a réussi à établir qu’à 35-37 °C, 28-30 °C, le microbe pesteux peut conserver en solution physiologique sa viabilité jusqu’à 148-150 jours (terme de l’observation). A 17-22 °C, le microbe pesteux reste viable jusqu’à 249-367 jours. Après 575 jours, plus aucune culture ne peut être isolée. Dans les suspensions conservées à 3-5 °C, le microbe pesteux subsiste jusqu’au 862e jour, soit plus de 2 ans. A en juger par l’intensité de la croissance dans les repiquages effectués à partir de ces suspensions, on peut supposer que le délai indiqué ici n’est pas le délai limite. L’intensité de la croissance des repiquages des suspensions conservées à 17-22 °C et surtout à 3-5 °C n’est pas modifiée, alors que dans les repiquages faits à partir des suspensions conservées à 35-37 °C et 28-30 °C, elle est fortement diminuée, 1,5 à 2 mois après le dbut de l’expérience. Dans des délais plus longs, seules de rares colonies poussent à partir de suspensions. Pour les repiquages primaires à partir de la solution physiologique conservée à 35-37 °C jusqu’à 65 jours, la croissance du microbe pesteux sur plaques de gélose apparaît au bout de 20-24 h d’incubation. Dans les repiquages effectués au bout de 97-148 jours d ‘incubation, la croissance (sous forme de colonies constituées) est mise en évidence au 3e ou 4e jour de l’incubation, parfois seulement sous les gouttes de sirop de sucre. Dans les repiquages ultérieurs de gélose sur gélose, la croissance apparaît dans tous les cas (indépendamment du temps de conservation en solution physiologique) au bout de 18-24 h. Au bout de 48 h., apparaissent des colonies constituées qui, au faible grossissement du microscope, ont un aspect brun, mamelonné, avec ou sans une étroite zone dentelée. En bouillon de Hottinger, toutes les cultures isolées de la solution physiologique après divers temps de conservation (jusqu’à 148 jours) montrent une croissance typique du microbe pesteux (sans trouble du milieu). Les cultures de 2 jours sur gélose sont constituées de cellules différant de la culture initiale par un polymorphisme plus marqué. Dans les cultures isolées des suspensions au bout de 90 jours de conservation et au-delà, des formes filamenteuses apparaissent. Du point de vue des propriétés biochimiques, les cultures obtenues à partir des suspensions diffèrent de la culture initiale par une faible diminution de l’activité fermentaire à l’égard des hydrates de carbone et des alcools habituellement décomposés par le microbe pesteux. Ainsi les cultures isolées au bout de 49 et de 148 jours décomposent glucose, maltose, mannitol avec 1 à 2 jours de retard, et la glycérine avec un retard de 1 à 4 jours (dans un cas de 10 jours). Des cultures isolées après des délais importants dans d’autres expériences diffèrent de la culture initiale par l’apparition de cellules microbiennes ayant l’aspect de filaments, de sphères, de batonnets renflés, se colorant faiblement, ainsi que par l’apparition dans les ensemencements sur gélose de formes de dissociation OS et S peu stables et par une faible diminution de l’activité biochimique. Dans les cultures après 695 et 819 jours de conservation à à 3-5 °C, on observe une faible baisse dans la capacité de lyse (épreuves avec les phages pesteux et pseudo-tuberculeux selon la méthode d’Appelman). Ce sont les résultats de l’étude de la virulence des cultures isolées qui présentent le plus d’intérêt du point de vue épidémiologique. Cette propriété des cultures est étudiée par des épreuves sur souris blanches infectées par voie sous-cutanée. La très grande majorité des cultures étudiées (et parmi elles, celles isolées dans des délais extrêmes : au bout de de 520, 695, 819 jours de conservation des suspensions à 3-5 °C ; au bout de 249 jours de conservation à 17-22 °C ; 205 jours à 3-5 °C) sont douées d’une virulence élevée, égale à celle de la culture d’origine. Dans un cas seulement on a observé dans une culture isolée une faible diminution de la virulence. Ceci est peut-être en rapport avec le fait que la suspension s’est montrée contaminée massivement par un microbe alcalinisant, dès le 97e jour de conservation.
  • Mots-clé : peste ; microbiologie ; virulence ; épidémiologie ; Institut antipesteux d’Irkoutsk
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  • Crédit : © Institut Pasteur